Hautes-Alpes le mag : L’histoire de votre troisième roman, Ce que l’océan ne dira jamais, paru en mars 2025, est très liée aux Hautes-Alpes. Quelle a été votre source d’inspiration ?
Aurélie Dye-Pellisson : Quand j’entame l’écriture d’un livre, c’est parce que quelque chose survient, me hante et je suis obligée de me mettre à écrire. Pour ce roman, tout est parti d’articles retrouvés chez ma grand-mère à propos du naufrage du navire Princess Sophia, en 1918. J’ai découvert l’histoire de trois arrière-grand-oncles et une arrière-grand-tante qui avaient quitté leur Champsaur natal pour San Francisco, dans l’espoir d’une vie meilleure. Rares sont les familles haut-alpines qui n’ont pas eu au moins une personne de leur entourage proche concernée par cette vague d’immigration, tant elle a été massive.
Pourquoi cela a-t-il tant résonné en vous ?
Parce que j’ai moi-même failli traverser l’Atlantique par deux fois pour partir au Canada, mais je n’ai finalement pas eu le courage de mes ancêtres. Ça m’a toujours questionnée : eux ont tout quitté sans être sûrs de rien, au péril de leur vie, en sachant que ce serait probablement définitif. Quand nous, alors que nous avons des vies confortables, nous nous mettons des barrières. Avec ce livre, j’ai voulu rendre hommage à tous ces gens qui ont osé. Ç’a été rendu possible grâce à la confiance des éditions Héloïse d’Ormesson. Je tiens à le souligner, car rares sont les éditeurs à donner leur chance à des auteurs qui ne sont pas forcément issus du milieu parisien et, ainsi, permettre de faire connaître des pans de l’histoire de nos régions.
Comment est née votre passion pour l’écriture ?
L’écriture et la lecture me suivent depuis que je suis toute petite. D’après ce que mes parents m’ont toujours raconté, dès que j’ai appris à marcher, j’allais chercher des livres ! J’ai commencé par écrire des poèmes puis de petites histoires. C’est au collège et au lycée que mon goût pour l’écriture plus structurée s’est éveillé, quand j’ai participé à des concours. J’ai alors pris conscience qu’avec tout ce que j’avais lu, je pouvais rédiger des textes.
Vous espériez déjà être publiée un jour ?
C’était une idée, un rêve, en effet. Sauf qu’entre le désir de l’être, arriver à croire suffisamment en soi et s’en donner les moyens, ça n’a pas été facile. D’autant que je connais très bien la littérature : j’ai fait une classe préparatoire littéraire et des études en lettres modernes et je suis aujourd’hui professeur de lettres. Ça peut sembler un atout, mais c’est en réalité plus compliqué d’arriver à trouver son propre chemin quand on connaît autant celui des autres et qu’on l’admire.
Qu’est-ce qui vous a aidée ?
En tant que grande amoureuse de la littérature, j’ai toujours fréquenté les salons du livre, des manifestations, des masters class. J’y ai rencontré des écrivains qui m’ont donné confiance. C’est important de sortir de la solitude et des peurs que peut créer l’écriture par moments, et d’échanger avec des personnes qui ont plus d’expérience. Surtout que, bien souvent, elles ont envie de la partager ! Je pense, notamment, à Jean-Paul Delfino, qui a signé la préface de mon dernier roman. Il a vraiment été un phare quand je traversais des tempêtes.
Concilier l’écriture avec le reste de sa vie professionnelle et personnelle ne doit pas être aisé ?
Il est vrai que, comme je travaille à temps plein, l’écriture est une discipline qui me demande des sacrifices personnels. Mais je ne peux pas vivre sans, donc j’y consens, avec l’espoir de dégager davantage de temps dans quelques années.
On imagine que vous planchez actuellement sur un nouveau livre. Pouvez-vous nous en révéler quelques détails ?
Je n’ai pas encore toutes les clés. Je peux néanmoins vous dire que c’est un roman qui se passe à l’époque contemporaine. Il y aura un lien très fort avec la nature et donc, une fois de plus, avec les Hautes-Alpes. Car c’est ici que j’ai découvert des choses simples et précieuses : mettre la main dans l’eau gelée d’une rivière, se balader dans les grandes forêts de mélèzes ou croiser des fleurs extraordinaires…
Cet article est extrait du Magazine Hautes-Alpes le Mag
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Magazine départemental: Hautes-Alpes le Mag n°82 Avril 2026