Mag Hautes-Alpes : Qu’est-ce qui vous a amenées à créer votre atelier de vaisselle en verre ?
Lucie Roy : Avec Claire, on s’est rencontrées lors de notre formation au Centre européen de recherches et de formation aux arts verriers (Cerfav). On a ensuite assisté des maîtres verriers en Espagne et en Italie, avant de monter une première coopérative en Lorraine avec trois autres jeunes femmes verrières. Ilaké est notre deuxième atelier. On l’a ouvert en 2020 à Saint-Laurent-du-Cros, dans le Champsaur. On avait envie de vivre à la montagne et encore plus près de la nature.
Créer des assiettes pour des chefs réunit tout ce qui nous passionne. Notre vision est que notre assiette est un écrin pour leur plat.
Une nature qui vous inspire : les feuilles et les plantes sont omniprésentes dans vos créations…
Claire Lange : Oui, les Hautes-Alpes regorgent en effet d’une flore incroyable, dont on se sert beaucoup pour dessiner les décors de nos assiettes. Les chefs locaux apprécient, car ils utilisent les plantes sauvages comestibles. Notre vaisselle est donc proche de leur cuisine.
Pourquoi vous êtes-vous spécialisées dans les arts de la table pour les chefs cuisiniers ?
Claire Lange : Créer des assiettes pour des chefs réunit tout ce qui nous passionne. Notre vision est que notre assiette est un écrin pour leur plat. On n’a d’ailleurs aucun stock : on produit uniquement à la commande, après un long processus d’échange et de réflexion pour que l’objet final ressemble le plus possible à leur cuisine.
Comment vous y prenez-vous ?
Lucie Roy : En premier lieu, on discute avec la ou le chef pour comprendre ses envies et récupérer ses idées. À partir de ces éléments, on fait plusieurs propositions graphiques, en partant de photos de plantes que nous prenons nous-mêmes. Lorsqu’un dessin est validé, on fabrique un écran de sérigraphie, un système de pochoir qui permet de transposer le croquis sur le verre. On réalise alors différents échantillons en variant les matières, les couleurs… Puis on passe à la production du choix final.
Comment un morceau de verre devient-il une assiette ?
Claire Lange : Il faut d’abord couper des feuilles de verre de deux millimètres d’épaisseur. Pour que le dessin soit protégé et ne s’altère pas dans le temps, on le fusionne entre deux couches. Puis viennent plusieurs étapes : le thermoformage – le formage de l’assiette par la chaleur – avec des moules que l’on confectionne ou que l’on achète, le dépolissage par sablage pour enlever la brillance du verre, et une dernière cuisson pour obtenir un rendu mat ou satiné. Au total, une production de A à Z s’étale sur quatre jours. On est donc très contentes d’avoir reçu, depuis un an, l’aide de Quentin, notre chef d’atelier.
Vous comptez des tables de renom parmi vos clients. Quel projet vous a le plus marqué ?
Lucie Roy : Ce n’est pas évident car on les aime tous, ce sont nos bébés ! Il y a une assiette pour le chef Thomas Prod’homme (ndlr : du restaurant Baumanière 1850 à Courchevel, deux étoiles au Guide Michelin), qui nous avait demandé de réunir la montagne et la mer. Au moment du dressage, il place les éléments de son plat de façon que la dégustation illustre la fonte des glaces. C’est une idée très originale et narrative.
Claire Lange : On a aussi dessiné une assiette pour le chef Michel Bras, autour d’une plante emblématique de l’Aubrac, d’où il est originaire, et que l’on trouve également dans les Hautes-Alpes. Ça nous a pris au moins six mois pour nous accorder sur le dessin ! On en garde un souvenir très enrichissant sur son rapport à la nature.
Vous avez récemment fait une pause, le temps d’une résidence au Japon…
Claire Lange : On y a passé quatre mois dans le cadre d’une résidence artistique. Cette parenthèse nous a permis de poursuivre nos recherches sans contraintes. L’art de la table a une place prépondérante dans la gastronomie japonaise. Dans certains établissements, chaque mois a un service dédié dont les motifs sont liés aux saisons ! Ça nous a beaucoup inspirées.
Quels sont vos prochains projets ?
Lucie Roy : Fabriquer les pièces que l’on a commencé à dessiner pendant notre voyage, avant de les exposer au Japon et sur notre territoire. On a aussi pour ambition de développer un procédé pour exploiter toutes nos chutes en les broyant, de sorte à obtenir une nouvelle gamme de couleurs.
Cet article est extrait du Magazine Hautes-Alpes le Mag
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Magazine départemental: Hautes-Alpes le Mag n°84 Octobre 2026