C’est loin des projecteurs que la loi plein emploi de décembre 2023 est en train de rentrer dans une phase majeure. Entrée en vigueur en janvier 2025, elle passe désormais en mode déploiement. Le tout sous couvert de quelques changements, tout sauf anodins : inscription automatique des nouveaux bénéficiaires du RSA (BRSA) à France Travail, renforcement de leur accompagnement, orientation des personnes en moins de six semaines et application graduelle de sanctions, etc.
De quoi transformer tout le paysage de l’insertion, à bas bruit. Une transformation qui continue de reposer, en grande partie, sur les épaules des Départements. Dans les Hautes-Alpes cela fait plus de deux ans que les équipes se préparent à cette nouvelle ère. Pas qu’autour d’une table, entre quatre murs.
Une expérimentation qui a préparé le futur
Les opératrices en insertion du Département ont ainsi embarqué plus d’une soixantaine de BRSA dans une aventure peu commune. « Dynamique de parcours », un ovni en matière d’accompagnement vers l’emploi. Sport, ateliers d’art et de musique (en lien avec leurs collègues du Cedra et du Musée muséum départemental), ateliers numériques en collaboration avec les conseillers numériques de la collectivité, visites d’entreprises, de centres de formation… Un alliage innovant, entre propositions classiques et pari du pas de côté.
Bilan pour Maxime ? À venir une formation en alternance dans le domaine de la comptabilité. « Pour des gens introvertis comme moi c’est une super expérience. ”Dynamique de parcours” m’a vraiment changé. On m’a fait faire des choses dont je n’avais pas l’habitude, ça m’a libéré, déclenché en moi un déclic. Avant, ne serait-ce qu’envoyer un CV, c’était l’angoisse totale. Là, j’ai fait un bilan de compétences et je me dirige dans un domaine auquel je n’aurais jamais pensé », raconte le jeune homme. En un an, le changement est flagrant.
Transfiguration aussi chez Laure, dont le visage arbore désormais un large sourire. Les graines plantées lors de la première session de « Dynamique de parcours »commencent à bien germer. Un petit pas pour quiconque, un bond de géant pour elle. Elle aimerait bien rempiler pour un troisième tour. Quand ? Comment ? Dans quelles conditions ? Sa conseillère est en pleine réflexion, l’expérimentation touchant à sa fin dans sa forme actuelle.
Un référentiel en construction
Ce qui ne souffre aucune interrogation, en revanche, c’est « la remarquable implication des opératrices en insertion de Gap. Avec la création de « Dynamique de parcours », elles nous ont permis de capitaliser pour la suite. Nous allons retirer beaucoup de choses de cette expérimentation et nous en inspirer pour construire notre nouveau référentiel d’accompagnement. Un accompagnement qui restera sur la base de 15 heures hebdomadaires. « Dynamique de parcours », nous a par ailleurs permis d’être plus à l’écoute des besoins des professionnels, de mettre en synergie social et culture en tissant des liens avec le Cedra et le musée muséum », souligne le directeur de l’action sociale au sein du Département.
Trois parcours d’accompagnement en réflexion
La suite dont parle le directeur de l’action sociale est en cours de réflexion. Mais déjà les grandes lignes de l’accompagnement renforcé, tel qu’exigé par la loi plein emploi, se dessinent. « Tous les nouveaux BRSA en bénéficieront d’office. Pour une période de six mois, renouvelable trois mois. En fonction de leurs freins (mobilité, garde d’enfant, confiance en soi…), trois parcours leur seront proposés. Si les personnes sont repérées comme rapidement employables, elles seront dirigées vers France Travail. Si nous repérons des difficultés plus importantes, alors, elles seront orientées vers nos équipes pour un coaching plus poussé. L’objectif est d’être prêts dès le mois d’octobre », déroule le directeur.
Une orientation renforcée
Mais pour que cet accompagnement fonctionne bien, c’est dès l’orientation qu’il faudra faire les bons choix. Une orientation que le Département a souhaité garder dans son giron. Question de cohérence. Et pour assurer cette mission, la collectivité a renforcé ses équipes de trois chargés d’orientation, histoire de mailler l’ensemble du territoire haut-alpin. C’est d’eux dont dépendra la suite du suivi des BRSA, qu’ils rencontreront dès leur entrée dans le dispositif. Après ce premier bilan seront analysés freins et aptitudes des BRSA, afin de leur apporter le coaching le plus adapté dans un délais de six semaines. Une réponse qui trouvera sa traduction dans la signature d’un contrat d’engagement**, dans le mois qui suit. « C’est vers ce quoi nous tendons. En 2025, 70 % des personnes reçues ont ainsi été orientées », souligne le directeur. Le 100% en ligne de mire.
Un réseau pour l’emploi en meilleure synergie
Mais en matière de retour à l’emploi des Haut-Alpins les plus en difficulté, le Département peut compter sur des partenaires solides : France Travail, la Mission locale, Cap emploi. Pour piloter tout ce petit monde réunit au sein du « réseau pour l’emploi » : le Département, seul aux manettes via sa « chefferie de projets ».
« Chefferie » qui a permis la mise en place de référents uniques qui travaillent en collaboration d’une structure à l’autre. Depuis quelques mois, ils sont devenus la seule porte d’entrée des demandeurs d’emploi haut-alpins. Une mobilisation qui porte d’ailleurs ses fruits : « les évolutions sont significatives. Si on fait le bilan sur les cinq dernières années, 800 foyers haut-alpins sont sortis du dispositif du RSA », constate le directeur.
Mais la « chefferie de projets », c’est aussi l’élaboration d’outils de suivi plus performants et plus fins. De quoi fournir au Département une cartographie exacte de la situation en fonction de nos territoires. Et, surtout, de quoi cibler son action en meilleure adéquation avec la réalité de nos montagnes.
*Nous avions rencontré Maxime un an plus tôt. Il suivait alors le programme « Dynamique de Parcours ».
**Contrat d’engagement qui induira un système de sanctions graduelles (allocation revue à la baisse de 30 % pendant un mois lors du premier manquement dans le suivi lors de l’accompagnement. Jusqu’à 60 % pendant 2 mois en cas d’absence répétée, etc.).