Culture, Environnement: Quand le Musée passe au crible son impact environnemental
Le pain. C’est son histoire que les Archives départementales déroulent dans l’exposition qui lui est dédiée jusqu’au 27 février. Une histoire qui commence au temps de la préhistoire, avec des traces de sa présence retrouvées le long de la Durance et du côté du Queyras. Une histoire qui continue de s’écrire dans certains foyers de Haut-Alpins où on « élève », « nourrit » son levain.
Il a sans doute une saveur plus particulière, plus fine, plus subtile, ici, dans les Hautes-Alpes, terre de montagnes. Pourquoi, parce qu’ici, faire pousser du blé, du seigle, des céréales de façon plus générale, requiert bien plus d’opiniâtreté que dans les grandes plaines de la Beauce.
Une histoire à la saveur unique chez nous, « territoire enclavé et montagneux, où il est plus compliqué d’avoir du pain, comparé aux grandes plaines céréalières », note Pauline, chargée de l’action culturelle et de l’animation du réseau culturel des Archives. Ici, le pain a le goût de l’effort.
Au côté d’Edwige, sa cheffe de service, et Pierre, son directeur, Pauline a écumé les rayons des Archives à l’aune du pain. Nombre de documents ont ainsi trouvé leur place dans l’expo comme ce parchemin original d’Humbert II qui, en 1345, renonce à ses droits sur le blé.
Car oui, durant des siècles, les puissants se sont emparés du pain et de ses matières afin d’exercer leur contrôle sur leurs vassaux.
De quoi faire écho à Marie-Antoinette qui d’un simple : « s’ils n’ont pas de pain qu’ils mangent de la brioche », en a perdu la tête en 1789, en plein insurrection du peuple de Paris. Même si au final, cet éclair de (non)génie lui a été attribué à tort, selon un large consensus historique.
D’ailleurs, comment fonctionnait le réseau d’approvisionnement en grains dans les Hautes-Alpes à cette date ? Réponse dans l’expo en carte, grâce au travail des géomaticiens de l’unité Géonumérique et données du Département. Saint-Bonnet-en-Champsaur, Gap, Embrun, Veynes, les relations avec Sisteron, La Mure. Une dynamique commerciale autour des céréales, reflet de la difficulté à produire en terre haut-alpine des céréales : géographie, rigueur de l’hiver, crues, concentration des parcelles les plus riches entre les mains de la noblesse et du clergé.
Transition toute trouvée pour faire le lien avec cette vitrine où reposent des objets issus des Archives ayant servi au culte catholique. Le « corps du Christ », une miche de pain déposée au début de la messe sur l’autel de l’église. Une tradition qui a perduré dans des villages du Champsaur jusqu’à la fin du XXe siècle.
Un mini aperçu de la tradition banale haut-alpine à approfondir en découvrant l’expo des Archives et leurs ateliers les mains plongées dans la pâte, enfin façon de parler.
Stéphanie Cachinero
Retrouvez l’intégralité des ateliers organisés par les Archives départementales autour du pain en consultant l’agenda culturel du Département disponible ici