Culture : La bibliothèque départementale pousse les murs carcéraux

Du nouveau mobilier, davantage d'ouvrages et un espace plus grand. Bienvenue dans la nouvelle bibliothèque de la Maison d'arrêt de Gap. Un projet devenu réalité en partenariat avec le Département des Hautes-Alpes.

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©Stéphanie Cachinero – Département des Hautes-Alpes

Ses murs se dressent dans la capitale haut-alpine depuis 1735. Maison de charité au départ, puis prison à partir du XIXe siècle. Elle accueille aujourd’hui une trentaine de détenus, en transit ou devant s’acquitter de courtes peines : la maison d’arrêt de Gap. Ce qu’on appelle un lieu de privation de liberté. Et en son sein, « une parenthèse de liberté, d’ouverture d’esprit, synonyme de nouveaux horizons, de nouvelles perspectives », comme tout le monde s’accorde à dire en ce 29 octobre, jour d’inauguration officielle de sa bibliothèque. Un écrin de culture qui vient de prendre possession de ses nouveaux quartiers. Flambant neuf, deux fois plus spacieux (fini la cellule de 9 m2). Le fruit d’un partenariat avec le Département des Hautes-Alpes. Et plus précisément de la Bibliothèque départementale (BD05).

Au cœur de ce projet devenu réalité ? Éric, directeur adjoint de la BD05, Sophie, référente publics spécifiques, et Esther, bibliothécaire bénévole qui officie depuis des années au sein de la prison gapençaise. Romans classiques, auteurs contemporains, de langues française ou étrangères, mangas, essais, précis de droit, BD, livres de développement personnel… Plus de mille ouvrages sont à la disposition des détenus. Et un après-midi par semaine, Esther les invite à lui rendre visite pour partager sa passion, pour les livres. Le sourire qui ne quitte pas son visage en dit d’ailleurs plus long que tous les discours de remerciements qui se succèdent ce jour-là derrière ce pupitre translucide. Dans l’assistance, la sous-préfète, la direction interrégionale des services pénitentiaires de Marseille, des magistrats, des représentants des forces de l’ordre, du service d’insertion et de probation (Spip), de l’Agence régionale du livre (ARL), de l’administration pénitentiaire, du Département…

Un lieu épargné du bruit des écrous

Tous réunis dans cette aile de la maison d’arrêt qui respire encore l’odeur de récents travaux, lumineuse et épargnée du bruit des écrous. Le pôle d’activités. C’est là que la nouvelle bibliothèque a trouvé sa place, là où siégeaient jadis la Cour d’assises. L’instance judiciaire destinée à juger les crimes les plus graves devenue une porte ouverte sur la connaissance et l’évasion, comme on en connaît à l’extérieur. C’est d’ailleurs l’idée maîtresse qui a nourri les réflexions entre Éric, Sophie et Esther* au moment de penser l’organisation de cette bibliothèque : du fonds bien sûr, jusqu’à la couleur des murs et le choix du canapé sur lequel les hôtes viennent couper avec leur réalité carcérale. « Souvent les gens qui se retrouvent dans un lieu de privation de liberté se disent que la culture, les livres, le théâtre, toutes ces choses, ce n’est pas pour eux. Qu’ils n’y ont pas le droit », confie Florence, directrice du Spip 04/05. Que toutes ces choses, c’est pour les autres. Les gens dont le chemin de vie n’a pas eu besoin de croiser celui de la délinquance pour se construire, s’en sortir.


La culture est pourtant source « d’émancipation ». Donne à voir que d’autres possibles existent. La raison même d’être de cette bibliothèque qui s’inscrit dans le cadre d’un partenariat plus large entre les ministères de la Culture et de la Justice. Partenariat, qui chez nous, se traduit dans une convention liant le Département, l’ARL, l’administration pénitentiaire et le Spip. Les livres, pour aider à vivre libre.


*Cette nouvelle bibliothèque fait partie d’un programme de rénovation d’une partie de la maison d’arrêt de Gap. Opération conduite par l’administration pénitentiaire sous tutelle du ministère de la Justice ayant abouti à la création d’un nouveau pôle d’activités au sein de la maison d’arrêt gapençaise.
**Trio qui travaille ensemble quasi au quotidien dans le cadre d’une convention entre la BD05, l’administration pénitentiaire et le Spip 04/05.

Stéphanie Cachinero

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