Culture : Comar ébranle nos représentations du vivant

Parfait, complexe, monstrueux. Le corps, humain ou animal. Dans l’exposition que lui consacre le Musée muséum départemental à partir du 19 juin, Philippe Comar dissèque notre rapport au vivant, nous bouscule, nous interroge.

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Des dessins encadrés se font nettoyer. - Agrandir l'image, fenêtre modale
“Trait naturel ?” nous interroge sur notre perception du beau, du montrable. ©Stéphanie Cachinero / Département des Hautes-Alpes

Plus qu’une exposition, une expérience, artistique, philosophique, scientifique. Voilà ce qui attend le public à partir du 19 juin au Musée muséum départemental avec Trait naturel ? L’artiste ? Philippe Comar, plasticien, professeur aux Beaux-Arts de Paris, écrivain, scénographe.
Dans ses dessins ? Des nus, des écorchés, des squelettes, des jardins luxuriants, des animaux encagés.

Des scènes, des détails observés dans des musées scientifiques, muséums et leurs réserves, dans des laboratoires. Des lieux où l’on collecte, conserve, classe, analyse le vivant ; qu’il soit animal, humain, végétal. Des lieux « hors du commun », où il conduisait ses élèves des Beaux-Arts pour parfaire leur technique. Et leur faire comprendre que le réalisme, aussi proche de la perfection soit-il, n’est en réalité qu’une invention, une interprétation.

S’interroger sur le beau, le laid

Celle de l’artiste qui couche sur le papier ce que ses yeux observent, ce que son cerveau comprend. En l’occurrence celui de Comar, qui nous invite à nous questionner sur ce qu’est le beau et le laid, le monstrueux et le convenable.

Des notions qui évoluent au fil des siècles. Si aujourd’hui les cœurs se soulèvent à la vue de fœtus malformés conservés dans des bocaux, cela n’avait rien de choquant dans un passé pas si lointain. De la science, de la connaissance neutre, distanciée. Et de quoi souligner l’un des paradoxes de notre époque, où l’ultra-violence est légion mais où l’on refuse de voir la beauté dans la complexité des tissus musculaires d’un corps. Cachez ses tendons que je ne saurais voir. Comme on cache aussi les réserves d’un musée.

Un fabuleux fatras épuré de toute mise en scène, de tous biais, qu’ils aient des vertus pédagogiques ou esthétiques. C’est tout cela que Comar sublime dans ses dessins.

Et c’est précisément ce qu’a voulu présenter le Musée muséum départemental (MMD) dans Trait naturel ? La science du vivant, source d’art. L’art qui devient le moyen de la transmettre. Comme une spirale vertueuse qui interpelle les esprits, les met en mouvement.
Se plonger dans l’œuvre de Comar, c’est accepter de voir sans détourner le regard. 

Le Musée muséum renoue avec son essence

Avec Trait naturel ? consacré à Philippe Comar dès le 19 juin et l’expo Sauvage, programmée dès octobre, le Musée muséum départemental (MMD) renoue avec ce qui fait son essence, servir l’art, diffuser la connaissance et interroger le public à l’aune des grands questionnements sociétaux de notre temps.

Si Comar ne doit pas « être considéré comme un teasing de Sauvage », insiste Camille Noize en charge des expositions et de la documentation au sein du musée, il est un lien à établir entre elles. Mais aussi avec le projet scientifique du MMD. L’idée ? Présenter des artistes, leurs œuvres, leur pensée, se replonger dans les collections notamment naturalistes et les faire résonner avec les enjeux actuels, être un vecteur du savoir. Tel est le chemin que suit le MMD.

Avec une question centrale pour cette nouvelle saison : la place de l’homme dans le règne du vivant, ses relations avec les autres espèces, l’évolution de la pensée occidentale, collecter et conserver cette histoire, ce savoir.

Stéphanie Cachinero

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