Culture : Achille Mauzan, artiste, publicitaire et super star

Mauzan : un collège, une rue. Un patronyme qui parle dans les Hautes-Alpes. Une signature, aussi, au bas d’œuvres qui ont fait partie des toutes premières à enrichir les collections du Musée muséum départemental. Et ce n’est pas fini au vu des discussions en cours avec les héritiers de cet artiste hors norme.

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Affiche d'Achille Mauzan - Agrandir l'image, fenêtre modale
Affiche réalisée par Achille Mauzan dans le cadre de l’emprun de guerre italien en 1917 ©Achille Mauzan

Un fonds emblématique. « L’un des premiers qui a rejoint nos collections. Du vivant même de l’artiste, à partir de 1911. Et depuis, très régulièrement, des œuvres d’Achille Mauzan ont fait leur entrée dans nos réserves : 14 fois entre 1948 et 2020. « Nous sommes actuellement en discussion avec ses héritiers pour une nouvelle proposition de don ». Pour Agathe Frochot, directrice du Musée muséum départemental des Hautes-Alpes, pas de doute, Achille Mauzan fait partie des artistes majeurs. Un pilier dont Gap garde encore le souvenir.

Pas que dans les têtes mais sur le fronton du collège éponyme. Sans parler de la rue Achille-Mauzan. Et ceux qui sont dans la confidence, peuvent, encore aujourd’hui, poser les yeux sur la maison de style mauresque dont il a dessiné les plans. Le dessin, c’est lui qui l’a conduit à traverser les océans, jusqu’en Amérique latine.

Artiste voyageur

Tout a commencé dans les Hautes-Alpes, à Gap où Achille a poussé son premier cri en 1883. Et très vite, le crayon s’est invité dans sa main. En attestent les caricatures qu’il dessinait dans la marge de ses cahiers, sans doute quand ses professeurs du Lycée de Gap ne parvenaient pas à capter suffisamment son attention. Un élève brillant qui a mené des études toutes aussi brillantes, jusqu’à lui décerner la médaille d’or de sa promotion. C’était en 1905, il était alors à Lyon pour y étudier les Beaux-Arts. Un an plus tôt, le Conseil général lui accordait une bourse d’étude afin de soutenir ce haut talent haut-alpin.

Dès 1908, avec l’aide financière de ses parents, il gagne l’Italie. Le début d’une bougeotte qui lui vaudra le titre d’artiste voyageur. Durant sa période italienne, il se fait connaître et reconnaître dans les art dits graphiques, de l’affiche en particulier. Et plus précisément dans le monde du cinéma. L’occasion de concevoir près de 1500 affiches de films, pour la Fox, la Milano Film ou encore Gaumont. Du 7e art, il plonge dans l’univers de la pub. Une maison « d’édition musicale et publicitaire » de prestige lui ouvre ses portes. Celle de Tito Ricordi. Début 1914, c’est finalement au sein de l’Italia film qu’il endosse le costume de directeur artistique.

En 1917, toute l’Italie pose les yeux sur son coup de crayon avec l’affiche officielle pour l’emprunt de guerre italien.

Adieu Milan, bonjour Rome. La pub ne le quitte pas. Mais il ajoute une nouvelle couleur à sa palette, illustrateur de livres. C’est par ce biais qu’il rencontre sa future femme. Ça aide d’illustrer le livre de belle-maman. Encore des affiches publicitaires : Meunier, Clicquot. Il excelle. Fonde sa propre maison, Mauzan-Morzenti.

Ses affaires sont florissantes. L’envie de découvrir de nouvelles contrées le reprend, dès 1926. Cette fois ce sera l’Argentine, Buenos Aires, avec femme et enfant. Des débuts sud-américains fulgurants. Le décès de sa femme, en 1932, marque un coup d’arrêt à la success story porteña.

Un patrimoine artistique éclectique et coloré

Retour en France, Paris. Mais jaloux de son esprit d’indépendance, il refuse de se soumettre aux conditions de l’éditeur en vogue à ce moment-là, Vercasson. Une poignée de belles campagnes : Lustucru, Le Roi Picon. Le génie pictural de Mauzan s’estompe. Retraite à Vaison-la-Romaine, puis retour sur ses terres natales. À Gap, dans les années 1940. Il renoue avec la réalisation de cartes postales, la sculpture et la peinture qui, il est fort à parier, faisaient partie intégrante de son processus créatif.

Ce qu’il nous laisse selon Agathe ? « Un patrimoine artistique très divers, très coloré et rempli d’humour. »

Mauzan, tout en couleurs aux Archives départementale.

Stéphanie Cachinero

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