Le Labo départemental forme les agents des routes, maillons essentiels dans la lutte contre la peste porcine

Pour l'heure toujours contenue en Italie, la peste porcine africaine se rapproche de la frontière hexagonale et des vallées haut-alpines, placées sous haute surveillance. Sous mandat de l'Office français de la biodiversité, le Labo départemental a assuré une série de formations à destination des agents des routes, qui joueront un rôle de veille essentiel.

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Après la province de Gênes, Rome. Il semble que l'Italie peine à maîtriser l'épidémie de peste porcine africaine (PPA). Les dernières projections scientifiques prévoient d'ailleurs une probable apparition des premiers cas dans l'Hexagone à l'automne prochain. La France se prépare donc à déployer son plan de lutte contre cette maladie foudroyante, aussi bien pour les sangliers que les cochons.

Les agents des routes du Département y prendront une part active. Histoire d'être prêts le moment venu, Dominique Gauthier, directeur du Labo départemental vétérinaire et d'hygiène alimentaire, assure leur formation.

Mandaté par l'Office français de la biodiversité (OFB), le spécialiste de la faune sauvage du Département arme les troupes des routes de son savoir, à commencer par le Centre technique (CT) d'Eygliers. Suivront les CT de Château-Ville-Vieille et de Briançon, situés en plein sur la future ligne de front.

Première phase, la théorie. Au programme : arrivée du virus en Europe, probablement par le biais de connections commerciales entre des pays de l'Est et leurs partenaires africains. Symptômes de la maladie sur les cibles à surveiller (les sangliers) : fièvre élevée, hémorragies internes. Fulgurance de la létalité : entre 24 heures et 2 à 3 jours après leur contamination. Conséquences en cas de présence avérée du virus en France : gel du transport et du commerce du porc français (qui pourrait entraîner une perte d'un milliard d'euros par trimestre), abattage des élevages porcins à minima haut-alpins et interdiction de toute activité en forêt (chasse, randonnée, exploitation forestière). Un couperet qui pourrait s'avérer désastreux pour les Hautes-Alpes, terres de tourisme comptant de nombreux adeptes des pratiques cynégétiques.

« Lanceurs d'alerte »

Pour que ce scénario catastrophe ne devienne pas réalité, les agents des routes devront endosser le rôle de « lanceurs d'alerte ». Dès qu'un sanglier sera retrouvé sans vie au bord d'une route départementale, les agents en jaune et bleu entreront en action. Leur mission ? Appeler un numéro spécifique afin de faire remonter l'information aux autorités compétentes et marquer l'animal pour notifier son signalement (marquage à la bombe, pause de rubalise...). Sera alors déclenché le passage d'un référent préleveur (agents de l'OFB, de l'Office national des forêts, chasseurs...) qui prendra la main sur la suite des opérations.
Mais que faire si la carcasse du sanglier présente un danger pour la sécurité des usagers de la route ? Impossible pour les agents du Département de laisser là le gisant. Pour sécuriser la voie, ils n'auront d'autre choix que de déplacer le cadavre.

Et là, pas question de faire n'importe quoi, n'importe comment, au risque de donner un sérieux coup de pouce à la PPA dans sa quête de nouveaux territoires et victimes.

Place à la partie pratique de la formation. Direction le parking arrière du Centre technique d'Eygliers, stock d'équipements individuels de protection (gants en plastique vert de vétérinaire remontant jusqu'aux épaules, gants de chirurgien par-dessus pour avoir une meilleure dextérité, tablier également en plastique mais de couleur bleu) rangés dans une caisse et c'est parti. « L'idée est de montrer aux agents comment se comporte le virus, que nous figurons pour l'expérience par de la farine », résume Dominique. Pour ce qui est du sanglier, une peluche fera l'affaire, 70 à 90 kg en moins. Variable qui changera indubitablement la donne sur le terrain. Action. La chaussée est OK. Reste l'étape la plus importante : retirer ces équipements sans laisser s'échapper le virus. Techniques simples et efficaces. Assimilées.

Entre deux démonstrations, les questions fusent. De quoi permettre d'ajuster les derniers détails du futur plan de bataille : nombre d'EPI nécessaires, prochaine arrivée de containers spéciaux pour entreposer les déchets à risque. Pas de doute, « les routes » seront opérationnelles le D-day.