Dans les coulisses du Département : Zoom sur la restauratrice et relieuse des Archives

Depuis plus de 10 ans, Amandine, restauratrice/relieuse, « maintient en vie le plus longtemps possible » les documents conservés aux Archives départementales. Rencontre avec une passionnée qui a son métier chevillé au corps et à l’âme.

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Rez-de-chaussée des Archives départementales. Derrière une porte protégée d'un code, se cache un espace interdit au public. Un couloir sombre. Au fond, un puits de lumière marque l'entrée de l'atelier d'Amandine Verdant, restauratrice/relieuse.

Sur l'une de ses tables de travail, une correspondance dactylographiée. L'encre bleue n'a pas bougé. On pourrait presque entendre le « tic tic tic » des machines à écrire qui ont servi à bleuir ces feuillets durant la Seconde Guerre mondiale, entre les murs de la Chambre de commerce de Gap. Le papier, lui, a souffert des affres du temps. Un simple souffle pourrait faire voler en poussière certaines parties. Mais Amandine est prête à intervenir.

« Maintenir en vie les documents »

Depuis près de 10 ans, elle « maintient en vie » les documents qui passent entre ses mains. Une goutte d'eau au regard des 13 km d'archives. Mais comme le colibri, elle fait sa part. Une part indispensable aux missions des Archives : conserver et rendre accessible à tous le patrimoine écrit des Hautes-Alpes. Recueils administratifs, chartes multi-centenaires en parchemin, ouvrages enluminés des siècles auparavant, estampes…

Voir l'image en grandLorsque les documents arrivent dans son atelier, tout commence de la même manière : une analyse. « Je regarde de quel type de pièce il s'agit, sa matière, son niveau de détérioration. Je me renseigne sur l'usage que nous souhaitons en faire. S’il s'agit de renforcer des documents plutôt en bon état pour les numériser, l'opération sera assez rapide. »

Une fois le diagnostic posé, reste à déterminer le traitement et l'appliquer. Mais « le papier (ou la peau, selon les cas) est une matière vivante (et parfois capricieuse, NDLR) », confie celle qui s'est formée quatre ans durant dans l’une des meilleures écoles de France. Passionnée et assoiffée de nouvelles connaissances et techniques, Amandine s'est perfectionnée par le biais de formations après avoir intégré son poste.

Pour l'heure, la délicatesse est de mise. Amandine se saisit, avec la plus grande précaution, de ses patients du jour. Chaque feuillet sera traité un à un, de façon personnalisée. Étape 1, déposer le malade sur une feuille de papier intissé (anti-adhérent) reposant sur le plan de travail d'Amandine, protégé d'une plaque de coupe en plastique vert. Avec un brumisateur en métal, digne d'un jardinier qui soignerait de précieux bonsaïs, elle humidifie les zones à restaurer.

Elle y place ensuite, avec finesse, une couche de papier japonais (fabriqué dans une matière végétale, ultrarésistante mais gardant une certaine transparence). Amandine recouvre le tout d'une colle d'amidon de blé sans gluten. Une technique japonaise, elle aussi. « Les Japonais sont très forts en matière de restauration », assure la jeune femme. Le tout est ensuite placé entre deux buvards. Comme un mille-feuille, les couches s'empilent et sécheront sous un poids en fonte de 10 kg, pareil à une haltère d'un autre temps.

Un métier à relier inventé au XIe siècle

En parallèle, Amandine s'emploie à redonner leur jeunesse aux inventaires des collections des Archives (imposants recueils cousus main), alliés des usagers en salle de lecture. Ses armes, un métier à relier inventé au XIe siècle, de la cordelette de lin, du fil de soie, des aiguilles à bout rond, des plaques de carton qui serviront de couverture (les plats dans le jargon), des plioirs en os et téflon, des pinces à nerf, un compas high-tech, une espèce de scalpel né de l’esprit d’Amandine… La liste est sans fin.

Outre la reliure de base, dira-t-on, Amandine peut exprimer, de temps en temps, sa créativité, comme avec ce brohage et son boîtier en cuir, de sa propre et entière confection.

Voilà un mini aperçu de toute l'étendue du savoir-faire d'Amandine grâce à qui les archives traversent le temps, jusqu'à leur prochaine restauration.

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