Les peintures de la chapelle Saint-Jacques le Majeur de Prelles dévoilent leurs secrets

Le patrimoine haut-alpin regorge de trésors. Parmi lesquels la chapelle Saint-Jacques le Majeur à Prelles (répertoriée sur l'application Patrimoine Hautes Alpes) et ses impressionnantes fresques peintes entre 1450 et 1550. Elsa Giraud, historienne et guide-conférencière dans les Hautes-Alpes, nous éclaire.

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Lancés sur la RN 94, beaucoup traversent Prelles sans même savoir qu'ils passent à côté d’un « petit bijou », pour reprendre le verbe d’Elsa Giraud, historienne et guide-conférencière haut-alpine. Peut-être n'auront-ils même pas remarqué cette discrète petite chapelle romane aux murs ternes qui, depuis la route, leur fait dos. Et pourtant, six siècles plus tôt, les pèlerins n'étaient pas rares à faire une halte en ce lieu alors situé au bord du chemin de Compostelle. C'est d’ailleurs de là que lui vient son nom : la chapelle Saint-Jacques le Majeur. À quoi ressemblait alors son extérieur alors ? Impossible de le savoir, même si des traces de pigments, quasi imperceptibles aujourd’hui, pourraient témoigner d'un passé haut en couleur, typique du Moyen Âge.

Une fois l'imposante porte en bois franchie, les bavards resteront cois, interloqués par des peintures monumentales, dont on peut le supposer, l'intégralité des murs étaient parés à l'origine. Des fresques réalisées à de multiples mains lors de deux campagnes. La première remontant à 1450 (la représentation de Saint-Antoine au côté de la Vierge à l’enfant atteste de cette date) et la seconde à 1475. Un fait propre à plusieurs chapelles du Briançonnais et de l’Embrunais : « Entre 1450 et 1550 les archevêques d’Embrun créent de nouvelles paroisses dans une logique de réforme. Y font édifier des églises et les font orner de peintures qui servent de support à l'enseignement religieux et aident au prêche. » Ce qui fait d'autant plus sens, qu'à l'époque l'illettrisme était souvent la norme, que la messe se tenait en latin, et que les disciples de Pierre Valdès, considérés comme hérétiques pour leur discours religieux prononcé dans le langage de tous les jours, étaient établis de longue date en pays des Écrins.

Une représentation de Dieu

Voir l'image en grandRaison, sans doute, pour laquelle, sont représentés de part et d'autre de la nef saint Laurent et saint Hippolyte. Le premier était diacre, donc autorisé à catéchiser, contrairement aux apostats qui s'affranchissaient des règles ecclésiastiques. Quand l'art sonne comme une mise en garde.

Toujours au niveau de l’arc triomphal, au-dessus des martyrs, se laisse admirer une représentation de l’annonciation avec une particularité : y est figuré Dieu, chose rare, encore aujourd'hui. La pédagogie aura, ici, eu raison des conventions.

Les vices personnifiés

Dans la première partie de la chapelle, les fresques abordent des thèmes plus « populaires », comme la personnification des « vices » (luxure, gourmandise, colère…). On peut également y voir leur châtiment corolaire une fois en enfer, où l'on pénètre par la bouche terrifiante d’un dragon. Là, le message est limpide : « Si vous vous abaissez à telle ou telle turpitude, voilà ce qui vous attend. » Rien d'engageant à en croire ces diables pétant littéralement le feu et torturant les impudents. Sur le mur d’en face, à la façon d’une BD, est aussi racontée l'histoire du pèlerin pendu sauvé par saint Jacques lui-même. Ou encore la passion du Christ condensée en quatre « vignettes ».

Mais revenons à la stylistique. Ce qui au premier regard interpelle, outre la grandiloquence de l’ensemble, c'est ce mélange de draperies d'une infinie précision et de parties exécutées avec moins de technique : la main du maître et les traits encore malhabiles de ses élèves. D'où venaient ces artistes ? Difficile de l’affirmer, aucune archive n'étant parvenue jusqu'à nous. « Ils devaient officier sur les deux versants de la montagne. Il est très probable que certains aient été originaires du royaume d'Italie », explique Elsa qui n'est pas avare de détails qui échapperont aux regards non avertis.

Envie d'en apprendre encore davantage ? Alors rendez-vous à la chapelle Saint-Jacques le Majeur dont les clés vous seront remises sur demande à la mairie de Prelles. Pour le décryptage et les subtilités que renferment les peintures, rendez-vous avec Elsa.

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Découvrez les visites proposées par Elsa Giraud sur : recherches-historiques.com. Elsa pourra aussi vous organiser des visites privées à partir de 10 personnes (tarif par personne : 7€ pour une heure, 9€ pour une heure et demie). Contacts : recherches.historiques8@gmail.com / 06.61.76.58.45.

Retouvez la chapelle de Prelles sur l'appli du Département Patrimoine Hautes-Alpes



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