Le Labo départemental garde un œil sur la forêt

Depuis plus de trente ans, le Laboratoire départemental est mandaté par l'ONF. La mission ? Mesurer le taux d'humidité des végétaux. Un indicateur essentiel pour déterminer le niveau du risque incendie de nos forêts.

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Un mardi après-midi en plein été. Sur le parking du Laboratoire départemental vétérinaire et d'hygiène alimentaire, une voiture vert sapin estampillée ONF (Office national des forêts) se gare. Deux agents en sortent, munis d'un drôle de sac de conservation. À l'intérieur des petits pots hermétiquement fermés, habillés de nombres et de lettres inscrits au marqueur noir pour les identifier. Politesses d'usage. Et les pots sont directement pris en charge par Élisabeth, technicienne du service Hydrologie du Labo.

Ce qu’ils renferment ? Du genêt et du genévrier, prélevés sur l'une de la trentaine de « placettes » dont dispose l'ONF sur « l'Arc méditerranéen ». Une zone géographique, surveillée de près durant la période estivale, s'étalant sur plusieurs départements, dont les Hautes-Alpes.

Il s'agit en l'occurrence de la « placette » de Théüs, « représentative de la moitié sud des forêts haut-alpines », précise Patrick Maury, coordinateur du pole Défense des forêts contre les incendies (DCFI) de l'ONF, en charge des Hautes-Alpes et des Alpes-de-Haute-Provence.

La « placette » de Théüs n'est basée qu'à quelques dizaines de kilomètres du Labo. Cette proximité, synonyme de gain de temps, s'avère d'ailleurs indispensable en termes d'efficacité des analyses.

Le temps presse. Élisabeth doit agir vite, mais pas trop quand même. Histoire de ne pas fausser ses résultats, la technicienne doit attendre que les pots reviennent à température ambiante.

Rigueur et précision

10 minutes plus tard, tout est OK. Élisabeth peut commencer sa première série de mesures sur une balance précise au millième de gramme près. Trônant sur plaque de marbre gris afin de lui assurer la meilleure stabilité possible, l’instrument a davantage l'allure d’un écrin de verre, offrant en son sein un environnement de pesée optimum.

Les yeux rivés sur l’écran digital de la balance, Élisabeth note avec rigueur le poids de chacun des bocaux en plastique, abritant les prélèvements végétaux.

Une fois l’opération terminée, direction le sous-sol du Labo où repose une étuve maintenue à 60 °C. Les échantillons y resteront 24 heures, dans des conditions similaires à un séchage naturel, mais accéléré.

Le lendemain, Élisabeth procède à la même série de pesées que la veille. Puis une seconde, cette fois des pots vidés de leur contenu, histoire de déterminer la valeur de la tare (pot à vide) : « J'entre ensuite toutes ces données dans un logiciel spécifique qui calcule automatiquement le taux d’humidité des végétaux et auquel est connectée la DFCI. »

Cette dernière centralise l'ensemble des résultats et les transmet à ses partenaires : les Services départementaux d'incendie et de secours concernés, la Direction départementale des territoires (État) et Météo France.


Maillon d'une grande chaîne

Outre une batterie d'indicateurs, les mesures d'Élisabeth serviront aux météorologues afin de déterminer le niveau du risque incendie (vert à rouge) de nos forêts. Rien d'alarmant dans les Hautes-Alpes, ces dernières étant moins exposées que celles de départements comme le Var (ravagé par les flemmes cet été) ou les Alpes-de-Haute-Provence.

Il n'empêche qu'une vigilance soutenue reste de mise : « Nous constatons, en effet, que le risque incendie commence à se déplacer vers le nord. Il n'est pas impossible que le dispositif de prévention soit un jour étendu », confie Patrick Maury, notamment en raison des changements climatiques.

Changements qui n'ont d'ailleurs pas échappé à Élisabeth, très attentive aux forêts, dont plusieurs dizaines de milliers d'hectares sont partis en fumée cet été : Grèce, Turquie, Algérie, Maroc etc., et de façon plus anormale encore en Sibérie (avec plus de 16 millions d'hectares brûlés). Autant d'événements qui font prendre tout son sens à ses analyses : « On voit de façon très concrète à quoi on sert », confie celle qui est un maillon essentiel d'une grande chaîne au service de la préservation de nos poumons verts.



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