Les pieds dans l’eau et sondes à la main avec les techniciens de rivières

Le reconfinement n’aura pas eu raison des missions des techniciens de rivières du Département des Hautes-Alpes. Munis de leurs appareils sophistiqués, ils poursuivent leur campagne de mesures d’automne, les pieds dans l’eau. L’objectif ? Contrôler la qualité des cours d’eau haut-alpins. Reportage.

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Sur le parking du site Saint-Louis à Gap, Séverine Voisin et Pascal Krieg-Rabeski, techniciens de rivières, s’affairent à l’arrière de leur utilitaire. Sondes de mesure OK. Décamètre OK. Glacière OK. Flacons et bidons de prélèvements OK. Gilets de sauvetage OK. Waders (cuissardes remontant jusqu’aux aisselles) OK. Fiches de terrain OK. 8 h 30 départ, direction le Rousine et la Durance.

« Très peu de Départements disposent d’un service pareil au nôtre ne s’agissant pas là d’une compétence obligatoire. Mais au vu de l’enjeu majeur que représentent les rivières pour notre territoire, le Département des Hautes-Alpes s’en est saisi en 2004 afin d’assurer le meilleur suivi possible de leur qualité », explique Séverine qui travaille en liens étroits avec l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse (qui est en charge de faire le lien avec les institutions européennes compétentes) et l’lnstitut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement IRSTEA (devenu Inrae depuis sa fusion avec l’Inra).

Au total, près de 50 cours d’eau répartis sur l’ensemble des Hautes-Alpes ont ainsi été étudiés.

Voir l'image en grand Séverine se prépare à réaliser ses mesures.« Suspicions de pesticides »

Pour cette deuxième journée de mesures automnales (une campagne est organisée à chaque saison), Séverine et Pascal passeront au crible quatre tronçons de rivières : trois stations permanentes le long de la Durance et une station « volante » sur le Rousine, qui présente des « suspicions de dégradation notamment par les pesticides », confie Séverine.

Sur place, les premiers indices semblent donner raison aux craintes : « Il y a pas mal de cladophora. Pour se développer, cette algue a besoin de nutriments, par exemple de l’azote et du phosphore que l’on retrouve dans les engrais ou les rejets de station d’épuration. Mais pour l’heure, il nous est impossible de savoir si cela provient de la station d’épuration située en amont ou si cela est lié à la pratique agricole alentour. Le laboratoire départemental analysera nos prélèvements, ce qui nous permettra d’en savoir davantage. Si la station d’assainissement des eaux est à l’origine de cette pollution, nous alerterons nos collègues du Service d’assistance technique aux exploitants des stations d’épuration (SATESE) qui prendront contact avec la commune concernée pour remédier au souci », détaille Séverine.

Voir l'image en grand Alors que Pascal relève les données hydrométrique, Séverine les consigne précieusement.

Un process est bien rodé

Voir l'image en grand Séverine Voisin calibre ses instruments de mesures.Mais avant d’obtenir les résultats du laboratoire départemental vétérinaire et hygiène alimentaire, Séverine et Pascal enfilent leurs waders, calibrent leur matériel, prennent avec eux leurs bidons d’analyses et autres fiches de terrain et quittent les chemins balisés pour arpenter les berges et le lit de leur rivière cible.

Le process est bien rodé, au point de ressembler à un véritable rituel aux yeux des profanes. Une fois sur site, les deux techniciens observent leur environnement, histoire de choisir le lieu d’étude le plus propice. Là, Pascal installe son décamètre d’une berge à l’autre. Il lui servira de repère au moment de mesurer le débit de la rivière.

À intervalle régulier, il plonge son courantomètre, pareille à un bâton de pèlerin métallique relié à un boîtier vert. À chaque arrêt la vitesse du courant est mesurée à différentes hauteurs d’eau. Et oui les rivières courent plus vite en surface qu’en profondeur. Pascal annonce les mesures et Séverine les consigne précieusement.

Voir l'image en grand Séverine consigne toutes les données afin de les transmettre à l'agence de l'eau.Les techniciens de rivières du Département ne s’intéressent pas seulement à l’hydrométrie. Gants bleu électrique en plastique épais remontant au-dessus des coudes, Séverine immerge trois sondes afin de récolter la température, la pression, la conductivité, l’oxygène et le pH de l’eau.

Là aussi, chaque mesure sera rigoureusement répertoriée puis transmise à l’agence de l’eau. « Ces données nous servent également en interne dans notre travail de conseil et de pédagogie envers nos partenaires, qu’il s’agisse de communautés de communes ou d’associations d’usagers, type pêcheurs et kayakistes. Elles nous servent aussi pour apporter notre expertise technique à nos collègues en cas de travaux proches ou sur une rivière, ou en zone Natura 2000 », précise Séverine. En 2018, nos cours d’eau affichaient globalement de bons résultats.

Voir l'image en grand Séverine plonge les sondes à même la rivière.

Voir l'image en grand Les techniciens de rivières observent leur environnement.

Tous les sens en éveil

In situ, Pascal et Séverine mettent tous leurs sens en éveil et n’hésitent pas à gratter le sol et soulever les pierres de la berge pour jeter un œil sur la biodiversité.

Quelques gammares ici, des bryophytes (mousse d’eau douce) par-là, une algue visqueuse (spirogyra) encore ailleurs, des traces de castors un peu partout.

Bidons de prélèvement remplis, Séverine regagne la berge.

Pascal identifie les bidons de prélèvements en fonction du lieu d'étude.

Fin de tournée, en route pour le laboratoire départemental afin d’y déposer les bidons jusque-là conservés à l’arrière de leur véhicule, dans une glacière high-tech. Recalibrage des sondes, afin d’avoir la certitude que les résultats n’ont pas été faussés. C’est bon. Les agents du labo départemental prennent la relève pour traquer la présence d’ammonium, de nitrites, de phosphates, etc.

« Assurer une bonne qualité des milieux est primordiale, la nature nous rend énormément de services, ne serait-ce qu’en termes d’eau potable pompée dans les rivières », confient en cœur Pascal et Séverine, qui agissent au quotidien au service de la Gaïa et des Haut-Alpins.

Les prélèvements sont transmis au laboratoire départemental pour analyses approfondies.


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