Archives départementales : la numérisation au service de la conservation de notre mémoire collective

Le Département des Hautes-Alpes s'est doté de l'une des toutes premières "salles de lecture virtuelle" accessible depuis le site Internet des Archives Départementales haut-alpines. Le principe ? La numérisation de documents d'archives à la demande, mission qui incombe aux agents de l'atelier de numérisation, situé Route de Rambaud.

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Copie d’une charte d’octroi signée de Charlemagne, listes électorales datant de 1920, registres militaires de la Première guerre mondiale. Les Archives départementales préservent des affres du temps près de 14 km de documents. Autant de trésors accessibles en quelques clics sur leur site, via leur « salle de lecture virtuelle ». L’une des toutes premières dans les Départements. Au coeur de ce système, l'atelier de numérisation des Archives.

Ici, pas de campagne de numérisation aveugle et industrielle. « Nous avons fait le choix de la numérisation à la demande qui, dans 70 % des cas, porte sur l’État civil. Alors, afin de valoriser nos fonds les moins connus, nous conduisons, en parallèle, des campagnes de numérisation. En ce moment, nous travaillons sur des registres administratifs datant de l’Ancien Régime », explique Edwige Lefevbre, en charge des relations avec le public aux Archives départementales des Hautes-Alpes. Formulaire en ligne rempli. Requête validée.

Labyrinthe de salles, de couloirs et d’étagères

Au milieu des rayonnages des Archives. Au milieu des rayonnages des Archives.Interviennent alors les agents du service de recherches pour mettre la main sur l’archive convoitée, au milieu d’un véritable labyrinthe de salles, de couloirs et d’étagères disposées en longues enfilades. 14 km d’archives !

Une fois l’aiguille trouvée dans la botte de foin (au classement ultra méticuleux), direction l’antre de l’atelier de numérisation. C’est à cet endroit précis que le passé fait son entrée dans l’ère du numérique, quittant temporairement son écrin protecteur pour rejoindre une impressionnante base de données.

À l’intersection entre le monde physique et celui du 2.0, Steve Kemencei, coordinateur de l’atelier de numérisation, et Pierre-Alexandre Taix, opérateur numérique. « Les demandes d’usagers représentent plus de 80 % des numérisations. Au bout de six mois, elles deviennent accessibles à tous sur le site qui compte plus de 2 millions de vues. Un document peut être composé de plusieurs vues (les vues correspondent à une « tablette » de numérisation, souvent formée de deux pages) », explique Steve.

Deux objectifs de 71 millions de pixels chacun

Steve vérifie que la numérisation en "V" se passe bien. Steve vérifie que la numérisation en "V" se passe bien. En une année, lui et Pierre-Alexandre peuvent numériser jusqu’à 400 000 vues. Le rendement ? Question hérétique ! Un parchemin royal demandera, en effet, beaucoup plus de temps et d’attention qu’un registre de cadastre en bon état. Quoi qu’il en soit, « nous manipulons chaque archive avec un maximum de précautions », souligne Steve, très conscient de « contribuer à préserver l’histoire ».

Dans cette tâche délicate, les deux agents peuvent compter sur deux imposantes machines, bijoux de technologie. La dernière en date a pris ses quartiers cet été dans une petite alcôve protégée de l’atelier de numérisation. Conçu pour immortaliser les « reliures difficiles », ce dispositif de « numérisation en V » est doté de deux objectifs de 71 millions de pixels chacun.

Entre les mains de Steve, un registre dont les pleins et déliés remontent à l’Ancien Régime. L’agent le dépose, tout en finesse, sur un socle surplombé d’une paroi en verre. La voilà en mouvement, se rapprochant du registre jusqu’à épouser ses pages restées fermées des siècles durant. Clic clac. Numérisation quasi instantanée. La paroi se soulève de nouveau. Steve tourne alors les feuillets avec délicatesse.

Et rebelote. L’opération nécessite calme et concentration pour ne pas perdre le fil. D’autant plus quand les volumes sont rédigés en latin ou vieux français, dans une écriture quasi illisible pour qui serait vierge de toute notion de paléographie.

Le toucher, un allié indispensable

Pierre-Alexandre derrière la machine à numérisation à plats. Pierre-Alexandre derrière la machine à numérisation à plats.« Nous ne portons pas de gants lors des manipulations. Il est important que nous disposions de notre toucher pour ne rien abîmer », précise Steve. « Il arrive que des particuliers nous confient leurs archives pour les numériser. Elles revêtent souvent pour eux une importance toute particulière, nous devons donc en prendre le plus grand soin », raconte le coordinateur des lieux, en se remémorant cet acte de naissance du XIXe siècle, prunelle des yeux de son propriétaire.

À l’opposé de l’atelier, Pierre-Alexandre se charge de listes électorales de 1920. Numérisation à plats avec un objectif de 85 millions de pixels. Parmi tous les documents dont il a eu le soin, l’un l’a particulièrement marqué. « Un énorme registre de chants religieux écrit en latin, provenant d’Embrun. Les enluminures étaient magnifiques. C’est plaisant de travailler sur ce genre de pièce et très valorisant au regard de la confiance qu’on nous porte lorsque », sourit Pierre-Alexandre, fier d’œuvrer au service de la conservation de notre mémoire collective.

Pratique :



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