L’accueil familial au service des familles et aidants

Depuis 6 ans maintenant, chaque 6 octobre, le monde a une petite pensée pour des héros du quotidien, les aidants familiaux. S’occuper d’un parent âgé ou en situation de handicap est une mission à plein temps, parfois éprouvante. Pour trouver un peu de répit, les accueillants familiaux sont là, à l’image de Gilles Fleury qui nous a ouvert les portes de sa maison à Manteyer.

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Manteyer. Au bout d’une petite route entourée de champs et de nature, une grande maison cachée derrière d’imposants arbres qui, tout doucement, s’endorment avec l’automne. En arrière-plan, les falaises de Céüse d’un côté et le du pic du Bure de l’autre. En contrebas, la vallée du Buëch, qu’Odette admire depuis la fenêtre de sa chambre.

Depuis huit ans, elle passe quatre jours, toutes les deux semaines, chez Gilles Fleury, accueillant familial. « Je suis heureuse de venir ici. À Gap, dans mon appartement, je m’ennuie », explique ce petit bout de femme aux yeux rieurs, qui reste en liens étroits avec le Centre de santé mental de Gap. C’est d’ailleurs cet établissement qui a donné son agrément « intermittent » à Gilles, sésame indispensable pour recevoir Odette.

Voir l'image en grand Venir chez Gilles est l'occasion pour Odette de renouer avec les gestes du quotidien.

Midi approche. La cuisine se met en mouvement. Alors qu’Odette commence à découper les légumes sous le regard attentif de Gilles, une auxiliaire de vie s’avance dans l’entrebâillement de la porte. Les soins de Michel sont terminés. Le nonagénaire à l’esprit encore alerte est arrivé il y a un an et demi chez Gilles - à qui le Département des Hautes-Alpes a accordé un agrément permanent pour recevoir une personne âgée. Natif de Wavrin, il a passé toute sa vie dans le département du Nord.

Après 64 ans de vie commune, Michel perd celle qui pour lui était « bien plus que sa moitié ». C’est à ce moment-là que sa fille a décidé de chercher pour lui une autre solution que l’Ehpad. « Je ne pouvais trouver mieux », confie l’homme au verbe clair et châtié. Entre deux lectures de Télérama et du Monde diplomatique ou encore du Courrier international, Michel et Gilles échangent et débattent. « On se chamaillent aussi de temps en temps. Ici, je reste dans la vie », confie, sourire aux lèvres, Michel.

Voir l'image en grand Michel et Gilles aiment débattre et converser.

« Je ne me voyais pas rester à contempler les montagnes. »

Ce qui se dégage de la maisonnée ? Du respect mutuel, de la joie, de l’écoute et de la bienveillance. Au total, Gilles accueille trois personnes : Michel, Odette ainsi que Nicolas, souffrant de schizophrénie. Comme Odette, Nicolas séjourne de façon ponctuelle chez Gilles. « Ici, je fais plein des choses. J’aimerais pouvoir rester tout le temps », souligne Odette en train de se « battre » pour que son souhait devienne réalité.

De l’extérieur, la vie de Gilles pourrait ressembler à une espèce de sacerdoce. Un terme qui tend à hérisser le poil de l’accueillant. Pourtant, une question revient en permanence dans son entourage : « Pourquoi ne profites-tu pas plus de ta retraite, tu es fou ? » Gilles, « encore bien en forme », le concède « c’est un drôle de métier », ou du moins une étrange façon de profiter de sa vie post-salariale. Mais « je ne me voyais pas rester à contempler les montagnes. Il fallait que je sois dans l’action », explique celui qui a passé une vingtaine d’années au service des plus démunis. Tendre la main à celui qui en a le plus besoin est comme une seconde nature pour Gilles, qui ne cache pas que l’activité d’accueillant lui procure quelques subsides, de quoi compléter sa retraite. « Mes enfants ne sont plus à la maison, je suis seul et la maison est grande », l’accueil familial coulait de source. Avec Odette, il adopte le ton du père qui apprend à son enfant. Avec Michel, son regard devient pareil à celui que porte un fils sur son père fort d’une vie bien remplie.

Voir l'image en grand Gilles veille sur Odette derrière les fourneaux.

Alors non, « ce n’est pas tous les jours de tout repos. Mais cela ne m’empêche d’avoir mes propres activités, d’inviter des amis, d’avoir une vie. Il faut aussi accepter que des gens que vous ne connaissez pas, et qui ont leurs propres habitudes, entrent dans votre vie. Il est très important de savoir garder du recul tout en s’investissant », explique Gilles d’une voix douce et pleine de tendresse. Et de préciser : « J’aime créer un monde avec les personnes avec qui je vis. » Mission plus que remplie à voir les visages détendus et illuminés des hôtes de la maison au bout de la petite route entourée de champs et de nature.

Les familles de personnes âgées souhaitant entrer en contact avec un aidant familial doivent se rapprocher de la Maison de l’autonomie des Hautes-Alpes. Pour en savoir davantage :