Guillaume

GUILLAUME Augustin, Léon

Général d’armée : résident général au Maroc
30 juillet 1895, Guillestre - 9 mars 1983, id.

Sa carrière militaire, commencée en août 1914 après quelques mois à Saint-Cyr, le conduisit jusqu'au poste suprême de chef d'état-major général des Forces armées (1954-1956). Elle fut consacrée dans une très large mesure au Maroc, où il passa plus de vingt ans et où il devint résident général (1951-1954).

Fait prisonnier le 11 novembre 1914, le sous-lieutenant Guillaume restera quatre ans en captivité ; il y apprendra le russe et l'arabe tout en essayant trois fois de s'évader. Il finit ensuite son instruction à Saint-Cyr ; promu capitaine, il est affecté au Maroc comme officier des affaires indigènes au bureau de Meknès, il y restera deux ans, avant de prendre le commandement d'un poste dans la région de Kénifra.

Après un séjour comme attaché militaire à l'ambassade de France en Yougoslavie en 1924, il retourne au Maroc en 1928 à l'état-major du général commandant supérieur des troupes du protectorat. De 1929 à 1934, il participe à la pacification de l'Atlas central. Il est alors promu commandant et prend la responsabilité du cercle d'Azilal qu'il dirige jusqu'en 1935, date à laquelle il est nommé à l'état-major du général Noguès, inspecteur général des forces d'Afrique du Nord et résident général au Maroc.

Nommé lieutenant-colonel en 1939, il prend la direction du bureau politique des Affaires indigènes. Après l'Armistice de 1940, le colonel Guillaume est chargé avec d'autres de s'occuper des goums marocains, transformés en «Mehalla chérifiennes». Il en poursuit l'entraînement et l'instruction clandestinement jusqu'au débarquement des Américains au Maroc en 1942. Promu général de brigade, il prend en 1943, le commandement des goums marocains et débarque en Italie. Il rejoint le général Juin avec trois groupes de Tabors marocains qui seront le fer de lance du corps de montagne engagé au Monte Cassino et au Belvédère, dans les Apennins, puis vers Rome. La campagne d'Italie terminée, le général Guillaume est rattaché à la 3e Division d'infanterie algérienne (DIA) et débarque en France en août 1944. Les goumiers déferlent sur Marseille. Puis à la tête de la 3e DIA, le général Guillaume entame une véritable marche à l'ennemi à travers les Alpes et la trouée de Belfort. Il mène sa division, durement éprouvée, jusqu'à Strasbourg qu'elle défend héroïquement contre l'ultime contre-offensive allemande à l'Ouest. Poursuivant son action vers le Nord, la 3e DIA force la ligne Siegfried, passe le Rhin et contourne l'obstacle de la Forêt Noire. Bien que blessé dans une embuscade, le général Guillaume poursuit son action jusqu'à Stuttgart qu'il fait occuper avant la capitulation Allemande.

Après la guerre, il est envoyé à Moscou comme attaché militaire. En 1946, il est nommé général de corps d'armée et, un an plus tard, adjoint au général de Lattre de Tassigny, inspecteur général de l'Armée de terre, avant de prendre le commandement supérieur des troupes françaises d'occupation en Allemagne. A la suite du coup de Prague en 1948, l'Allemagne n'étant plus occupée mais alliée, il devient commandant en chef des forces françaises en Allemagne.

En 1951, après avoir été inspecteur des forces armées terrestres aériennes et maritimes en Afrique du Nord, il reçoit rand et appellation de général d'armée, puis est nommé, contre son gré, résident général au Maroc sur la recommandation et en remplacement du général Juin.

Il arrive au Maroc en octobre 1951, dans un pays qui a beaucoup changé depuis qu'il l'a quitté. Le protectorat est en pleine effervescence politique ; néanmoins, le général Guillaume remplit son rôle de représentant du gouvernement français avec beaucoup de conscience ce qui le conduit à déposer le 20 août 1953 le sultan Sidi Mohammed, le père du futur roi Hassan II, avec qui il avait pourtant eu des relations confiantes, des années auparavant. Le sultan, qui souhaitait que son pays exerce sa pleine souveraineté, fut trans - féré en Corse, puis à Madagascar où il restera jusqu'en 1956. Le général, qui ressentit la fin du protectorat comme l'échec personnel de toute sa carrière, quitta le Maroc en 1954 pour prendre les fonctions de chef de l'état-major des Armées. Il cesse d'exercer ses fonctions le 1er mars 1956. La même année, il est rayé des cadres d'active sur sa demande, et se retire dans son village natal, auquel il était resté profondément attaché.

Son rôle ne prit pas fin lorsqu'il quitta l'uniforme ; il présida l'association d'anciens combattants «Rhin et Danube ». Il fut maire de Guillestre (1959-1971), et déploya dans cette fonction une activité intense ; son plan d'équipement et de modernisation transforma la commune. De plus, il se battit pour le désenclavement du Queyras, qui aurait nécessité le percement d'un tunnel sous le sol Lacroix ; il fit ouvrir la voie carrossable du col d'Agnel.

Enfin, reprenant une plume qu'il avait utilisée antérieurement pour des études à caractère militaire, il se fit l'historien du Queyras et de Guillestre, avant de publier ses souvenirs sous le titre évocateur Homme de guerre. Il était membre titulaire de l'Académie delphinale et membre d'honneur de la société d'études des Hautes- alpes. Ceux qui l'ont approché ont dit la fermeté de son caractère, sa grande bonté, la simplicité de son accueil.

A Guillestre, le 5 mars 1983, se sont déroulées ses funérailles au cours desquelles les honneurs militaires lui ont été rendus.

Depuis 1984, la caserne qui, à Gap, sert de garnison au 4e Régiment des Chasseurs est dénommée quartier général Guillaume.