Lesdiguières

 

BONNE(de) François,
duc de LESDIGUIERES

1er avril 1543, Saint-Bonnet
28 septembre 1626, Valence

Lesdiguières fut en son temps l'un des hommes les plus considérables du royaume, grâce à sa valeur propre et à l'amitié que lui porta toujours le roi Henri IV. C'est le type même du Dauphinois. Une carrière militaire mouvementée a permis à cet ancien chef de bandes d'accéder à la fonction suprême qui le plaçait immédiatement après le roi de France dans le commandement des armées.

Né à Saint-Bonnet où son père est notaire, le jeune François passe son enfance au château des Diguières. Son père meurt en 1548 ; il est élevé par sa mère Françoise de Castellane, d'une importante famille de Provence. Le petit catholique fait ses études au collège d'Avignon.

Il part ensuite pour Paris au collège de Navarre où il étudie la philosophie et le droit, mais se passionne pour l'Antiquité. Pourtant, en 1562, il opte pour la carrière militaire et devient archer de la compagnie d'ordonnance du baron de Gordes, lieutenant général du roi en Dauphiné.

Quelques mois plus tard, un parent, Antoine Rambaud, dit Furmeyer, chef des troupes protestantes du Gapençais convainc le jeune Lesduguières de le rejoindre. Il fera son véritable apprentissage des armes.

Lesdiguières, chef des bandes protestantes du Haut-Dauphiné

En 1569, Lesdiguières est élu pour remplacer le capitaine Aurouze à la tête des protestants du Haut-Dauphiné. Contesté au début, il saura s'imposer et dominer l'histoire de la province pendant un demi-siècle.

Il va mener une guerre de sièges et de coups de main dont la possession de Gap et du Gapençais sera le premier objectif. Son principal adversaire sera l'archevêque d'Embrun, Guillaume d'Avençon, qui s'appuie sur le duc de Savoie mais Lesdiguières peut compter sur la sympathie des vaudois des deux versants des Alpes ; de plus, il est soutenu par son ancien compagnon d'armes Henri de Navarre, le futur Henri IV.

Dès 1569, Lesdiguières s'empare de Corps qu'il fortifie ; l'année suivante, passant par le col de Freyssinières, il repousse les gouverneurs d'Embrun et de Briançon, revient par Saint-André et Savines, défiant Embrun au passage ; Gordes, lieutenant général en Dauphiné, assiège Corps mais le 15 août, l'édit de pacification de Saint-Germain ramène la paix.

Au printemps 1573, Lesdiguières prend La Mure, Veynes, reprend Corps et Romette qu'il abandonne assez vite ; Gap, investi, se prépare au siège mais ce ne sera que plus tard le 5 juin 1575 que Lesdiguières provoque une sortie des catholiques gapençais et les taille en pièces au quartier de Buzon ; l'évêque de Gap s'enfuit à la aume-de-Sisteron. Mais Montbrun, chef des protestants du Dauphiné, est décapité le 13 août à Grenoble. Le 6 mai 1576, la paix de Monsieur met fin aux hostilités. Lesdiguières est élu chef des protestants du Dauphiné en remplacement de Montbrun ; il achète cette année-là la seigneurerie de Serres mais les Gapençais lui refusent l'entrée de la ville.

Lesdiguières, chef des protestants du Haut-Dauphiné

Fin 1576, la Ligue s'organise ; les gouverneurs d'Embrun et de Briançon y adhèrent ainsi que l'archevêque Guillaume d'Avançon qui en est nommé chef pour les diocèses de Gap et d'Embrun.

Début 1577, Lesdiguières a repris les hostilités en faisant pénétrer dans l'enseinte de Gap des hommes à lui ; ceux-ci ouvrirent les portes de la ville qui tomba entre ses mains. A partir de Gap, Lesdiguières s'empare de La Bâtie-Neuve et de Chorges. A Gap, il fit réparer les fortifications et la maison commune où il installa quatre consuls protestants ; les finances furent réorganisées.

Des dispositions sont arrêtées pour la construction de la citadelle de Puymaure qui commencera en 1580. Après la prise de Gap, seuls l'Embrunais et le Briançonnais restent aux mains des catholiques.

En juillet 1579, Lesdiguières refuse de se rendre à l'invitation de la reine-mère Catherine de Medicis arrivée en Dauphiné ; la reine pour sa part n'accepte pas les propositions des protestants.

En 1580, Lesdiguières a fixé son quartier général à Serres, où il a installé son arsenal et une fonderie pour son artillerie. De là, il attaque la haute vallée de la Durance jusqu'à Saint-Crépin, mais l'arrivée du Duc de Mayenne et de son armée forte de 10 000 hommes met fin aux hostilités pour trois ans. Cependant, en 1584, la Ligue se réorganise ; comme elle s'appuie sur le roi d'Espagne et le duc de Savoie, Lesdiguières fait figure de champion de la légitimité. Le chef militaire de la Ligue est Bonne d'Auriac, cousin de Lesdiguières.

Campagnes en Embrunais et en Briançonnais

En 1585, Lesdiguières prend Chorges et surtout Embrun le 18 novembre ; la cité était jusqu'alors le centre de la résistance aux réformés. Pendant cinq ans, Embrun deviendra une des principales bases d'opérations de Lesdiguières, vers la haute Durance comme vers la Provence. Les troupes royales qui convergent vers Embrun seront décimées par la peste et le froid lors du siège de Chorges dont la garnison se rend le 23 décembre 1586.

En 1587, toute la haute Durance est aux mains des huguenots, sauf Briançon. Les actions se pousuivent de part et d'autre fin 1587 et en 1588.

Lieutenant général du roi en Dauphiné

Fin juin, le duc de Mayenne est nommé gouverneur du Dauphiné, avec pour mission de liquider Lesdiguières. Après l'accession au trône d'Henri IV, en 1589, Lesdiguières devient «commandant généralement pour le roi du Dauphiné» et la mission lui est confiée de faire entrer le Haut-Dauphiné dans l'obéissance du roi contre la Ligue qui s'appuie sur le duc de Savoie. Fin 1590, il met le siège devant Grenoble qui se rend le 18 décembre. Début Janvier 1591, Lesdiguières fait une entrée triomphale dans le ville.

En 1597, il est promu lieutenant général du roi en Dauphiné. Il se révéla être un grand administrateur de sa province ; il a fait construire le magnifique château de Vizille.

Campagnes contre le duc de Savoie

Depuis 1589, Lesdiguières a concentré ses efforts contre le duc de Savoie. En 1590, il entre dans Exilles et occupe toute la vallée de l'Ubaye alors savoyarde. Trois expéditions en 1592, en 1593 et en 1594-1595, auront pour but d'attaquer le duc de Savoie sur ses arrières et de défendre les points d'appui français de Briqueras et de Cavour. Désormais, la lutte contre le duc de Savoie ses localisera en Maurienne et en Grésivaudan jusqu'à la paix de Mervins en 1598. En 1601, le traité de Lyon enlèvera au duc la Bresse et le Bugey mais pas le marquisat de Saluces.

Le dernier connétable de France

Lieutenant général en 1597, Lesdiguières est fait maréchal de France en 1609 par Henri IV. Marie de Médicis le fait duc et pair en 1611. En 1609, Lesdiguières fit le serment à Henri IV de veiller sur son fils, le futur roi Louis XIII. En 1617, Lesdiguières passe le Mont-Genèvre pour aller au secours du duc de Savoie en guerre contre l'Espagne. Lorsqu'en 1621, le duc de Rohan soulève les protestants, Lesdiguières maintient ses coreligionnaires du Dauphiné dans l'obéissance du roi ; il intervient contre les troupes du Montbrun.

Le 25 juillet 1621, à Grenoble, il abjure le protestantisme. Il est fait connétable de France, il sera le dernier à porter ce titre. En 1625, à 83 ans, lui que l'on surnommait le Roi des montagnes passe le Mont-Genèvre pour une dernière expédition en Italie. C'est le 28 septembre 1626 qu'il meurt à Valence ; son corps est inhumé dans son château des Diguières, où le sculpteur Jean Richier lui a élevé un tombeau monumental, actuellement au musée de Gap.